Réflexion sur l’écoterrorisme

Je lis présentement Deux balles, un sourire de Jean-Jacques Pelletier. Il est rare qu’un roman policier se retrouve sur ma table de chevet, mais la prémisse de celui-ci m’a accroché : des meurtres de pollueurs sont revendiqués par un groupe d’écoterroristes nommé Vert Demain (aussi le nom d’une vraie entreprise d’aliments bio!).

Qu’est-ce que l’écoterrorisme? Wikipédia propose la définition suivante : « [M]enaces, intimidations ou actes de violence contre des biens ou des personnes physiques commis au nom de l’écologisme ».[1] Par contre, certains spécialistes, comme Johanna Massé de l’Université Laval, limitent l’écoterrorisme à la violence envers des êtres humains. Selon elle, les cas de destruction matérielle relèvent plutôt de l’« extrémisme écologique ».[2] Je ferai mienne cette nuance.

Pour l’instant, l’écoterrorisme nourrit davantage la fiction que la réalité. Ce qui ne m’étonne pas, étant donné que le mouvement écologiste est fondé sur la non-violence. Il est quand même intéressant de se pencher sur la mise en situation proposée par le bouquin de Pelletier. Après tout, il n’est pas exclu qu’un tel scénario se produise un jour. Devant l’inaction de nos dirigeants face à la crise écologique, quelques militants pourraient être tentés de se tourner vers des moyens plus radicaux.

Les membres de Vert Demain justifient leurs assassinats dans un manifeste débutant par ces mots : « Les pollueurs exploitent sans scrupule l’environnement, détruisent l’écosystème qui nous permet de vivre. C’est pourquoi ils seront détruits. Sans plaisir. Sans violence inutile. Mais impitoyablement. »[3] On ne peut nier que les gens qui « saccagent la terre », « empoisonnent l’eau » et « polluent l’air » nuisent à l’ensemble du genre humain. Un article de Québec Science révélait que 16% des décès dans le monde sont liés à la pollution…[4]

Force est de constater que le raisonnement du groupe écoterroriste se tient. Pour le dire crument : un individu mort cesse de polluer! Et toute pollution en moins est une bonne chose. Toutefois, le meurtre des gros pollueurs ne me semble pas justifiable d’un point de vue éthique. On tombe dans ce que Camus appelle le crime « logique » : « Dès l’instant où le crime se raisonne, il prolifère comme la raison elle-même, il prend toutes les figures du syllogisme. »[5]

En effet, on peut se demander où cette logique finirait. Imaginons qu’il existe un outil permettant de calculer l’empreinte écologique de chaque être humain. Grâce à ce calculateur – plus précis que ceux qui existent actuellement – on saurait enfin qui est le plus gros pollueur de la planète! Or, une fois ce dernier mis hors service par les écoterroristes, le deuxième plus grand pollueur devrait-il subir le même sort? puis le troisième?… Quelle serait l’empreinte écologique acceptable pour qu’un être humain soit digne de vivre?

La réponse à cette mise en situation peut sembler trop évidente. Nul besoin d’être kantien pour trouver qu’il est difficile d’approuver un meurtre ne relevant pas de la légitime défense. Complexifions les choses alors…

Et si, au lieu de tirer deux balles dans la tête des pollueurs, des écoterroristes optaient plutôt pour des enlèvements? Attention : je parle d’un groupe aussi sympathique que les cambrioleurs de l’excellente série La maison de papier! Disons qu’ils kidnapperaient un ministre ayant approuvé la construction d’un vaste pipeline et le relâcheraient à une condition : que le gouvernement s’engage formellement à annuler ledit projet. L’otage serait bien traité. Il aurait même droit à des repas bio et véganes trois fois par jour! Est-ce qu’un tel geste mériterait une manifestation d’appui à la place Émilie-Gamelin?

Encore une fois, je crois que la fin ne justifie pas les moyens. Même si les ravisseurs sont animés par de nobles intentions à la base, un tel geste causerait un préjudice trop important. On peut penser que le politicien – aussi critiquable soit-il – en garderait des séquelles pour le restant de ses jours, sans compter la détresse vécue par ses proches. D’ailleurs, on ne sait jamais quelle tournure une prise d’otage peut prendre. La mort du ministre du Travail, Pierre Laporte, en a été un tragique exemple lors de la Crise d’octobre en 1970.[6]

Même si on analyse la question en évacuant la dimension morale, le terrorisme n’est pas une façon efficace d’apporter les changements voulus à la société. Tout comme les multiples attentats commis par des islamistes radicaux n’ont pas fait avancer leur cause, je ne pense pas que l’écoterrorisme aboutirait à un virage vert. Il ne ferait qu’instaurer un climat de terreur contraire à la démocratie et nuire à l’image du mouvement écologiste.

Pour revenir au roman que je n’ai toujours pas terminé, au fil de son enquête l’inspecteur-chef Dufaux en vient à comprendre les motivations des écoterroristes. Sans bien sûr approuver leurs crimes. Ça résume assez bien ma position. J’ajouterais toutefois qu’on a besoin d’actions radicales si on veut éviter l’effondrement! La question est de savoir : jusqu’où peut-on aller? J’y reviendrai.

Dany Lavigne, le 11 août 2020

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coterrorisme#cite_note-The_Threat_of_Eco-Terrorism-1 (page consultée le 5 août 2020)

[2] Alexandre Milette-Gagnon, « L’écoterrorisme est-il un réel danger au Canada? », Radio-Canada, Le 30 août 2019, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1276862/ecoterrorisme-extremisme-environnement-place-medias

[3] Jean-Jacques Pelletier, Deux balles, un sourire, Montréal, Hurtubise, 2017, p.13.

[4] Martine Letarte, « 16% des décès dans le monde sont liés à la pollution », Québec Science, le 24 octobre 2017, https://www.quebecscience.qc.ca/sante/16-des-deces-dans-le-monde-sont-lies-a-la-pollution/

[5] Cf. Thomas De Koninck, De la dignité humaine, Paris, PUF, 1998, p.2.

[6] Daniel Paquet, « 1970 – Le FLQ sème la terreur », Le Journal de Québec, le 11 mars 2017, https://www.journaldequebec.com/2017/03/11/1970—le-flq-seme-la-terreur

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Un plan de décroissance pour la LNH

J’aime le hockey. Comme tous les amateurs, j’ai hâte que les activités de la Ligue nationale de hockey reprennent. Or, à mon humble avis, celle-ci aurait davantage besoin d’un plan de décroissance que d’un plan de relance!

Plus on s’enlise dans la crise écologique et plus les activités de la LNH apparaissent comme un anachronisme. Peut-être pas autant que la Formule 1, mais quand même! Sauf en temps de pandémie, les 31 équipes disputent à chaque saison un total 1 271 parties (excluant les séries éliminatoires), ce qui a des impacts importants sur la planète.

Lorsque la LNH est née en 1917, la saison régulière ne comptait que 22 matchs.[1] Ce nombre a presque quadruplé depuis pour atteindre 82 matchs. Sans reculer un siècle en arrière, on pourrait s’inspirer de l’Europe. Pourquoi pas du pays de Greta, où les équipes de la Swedish Hockey League (SHL) disputent 52 parties par saison?[2] Un tel calendrier s’avérerait non seulement bénéfique pour l’environnement, mais aussi pour la qualité de vie des joueurs qui auraient plus de temps pour être avec leur famille et pour guérir de leurs petits et gros bobos. Parions que les performances sur la glace n’en seraient que meilleures!

Bien sûr, les séries devraient être proportionnelles à ce nouveau calendrier. Je suggère que l’on remplace les « quatre de sept » par des « trois de cinq ».  Cette formule était utilisée lors du premier tour des séries de 1980 à 1986. Histoire d’ajouter du piquant, on pourrait même s’inspirer de la Ligue nationale de football et transformer la finale de la Coupe Stanley en un match ultime!

Depuis son entrée en poste, le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a toujours cherché à développer de nouveaux marchés. L’an prochain, la ville de Seattle devrait accueillir la 32concession de la LNH. Elle semble bien loin, l’époque des Original Six… Par-delà les considérations financières, a-t-on vraiment besoin qu’il y ait autant d’équipes éparpillées aux quatre coins de l’Amérique? Disons qu’il faudrait planter beaucoup d’arbres pour compenser les émissions de GES de leurs déplacements en avion…

Selon moi, il n’y a pas que le nombre de matchs qui devrait décroître, mais aussi le nombre de formations. Ce qui amène la délicate question des équipes à « éliminer »… Même si les récents amphithéâtres disposent de systèmes de réfrigération à la fine pointe, il reste que la dépense énergétique pour fabriquer une glace de qualité est plus importante lorsqu’il fait plus chaud.[3] Je dirais donc adieu aux équipes les plus au sud, là où il ne neige pas ou presque jamais : Anaheim, Dallas, Floride, Las Vegas, Los Angeles, Phoenix, San Jose et Tampa Bay. En déménageant l’une de ces concessions à Seattle, plus au nord, on reviendrait donc à 24 équipes (comme la dernière fois que les Canadiens ont gagné la Coupe Stanley).

Enfin, je terminerais mon plan de décroissance par un geste symbolique fort afin de marquer le virage vert de la LNH : déménager les Oilers d’Edmonton à Québec. Quelle honte pour la capitale albertaine d’avoir choisi un nom et un logo promouvant le pétrole le plus polluant au monde! En revanche, les Nordiques et leur bel igloo évoquent le « droit au froid », revendication des peuples inuits dans la lutte au réchauffement climatique.

Ma proposition qu’il y ait moins de hockey, j’en suis bien conscient, risque de trouver peu d’appuis en dehors des cercles écologistes. Mais il faut garder en tête que le hockey aussi est menacé par la crise environnementale.

Dany Lavigne, le 14 juin 2020

[1] https://www.nhl.com/fr/standings/1917/league (page consultée le 4 juin 2020)

[2] https://www.flashscore.com/hockey/sweden/shl-2019-2020/ (page consultée le 4 juin 2020)

[3] Guillaume Roy, « Le palais des glaces », L’actualité, [en ligne], le 23 novembre 2015, https://www.quebecscience.qc.ca/sciences/le-palais-des-glaces/

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Résilience locale

Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour… Ungersheim! Depuis que j’ai vu le documentaire Qu’est-ce qu’on attend?, je rêve d’aller vivre dans ce beau village d’Alsace.[1]

En 2005, Rob Hopkins a fondé le réseau des Villes en transition, dont Ungersheim est l’une des championnes. Il définit la transition comme la capacité des communautés locales à s’organiser pour apporter leurs solutions, afin de ne plus dépendre des énergies fossiles et de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.[2] Faut-il le rappeler : le pétrole est une ressource non renouvelable. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le Pic pétrolier – c’est-à-dire le déclin de la production mondiale de l’or noir – pourrait survenir aussi tôt qu’en 2025![3] Mieux vaudrait amorcer le sevrage de cette source d’énergie extrêmement polluante le plus tôt possible.

Dans un de mes essais coup de coeur, Cyril Dion affirme : « l’imaginaire, les histoires sont très certainement le carburant le plus mobilisateur pour les êtres humains. »[4] Selon le réalisateur de Demain, on doit créer de nouveaux récits à partir des trois grands objectifs suivants : stopper la destruction et le réchauffement, construire la résilience, régénérer la planète et nos modèles économiques et sociaux.

La bonne nouvelle, c’est que certaines histoires positives aujourd’hui ne relèvent pas de la fiction. Ungersheim existe! Cette municipalité d’environ 2400 habitants compte un nombre impressionnant de réalisations sous le signe de l’autonomie. Les enfants se rendent à l’école en calèche. Une centrale à énergie solaire est installée sur le terrain d’une ancienne mine de potasse.  Aux Jardins du trèfle rouge, on fait pousser des légumes bio destinés à être consommés en circuit court.[5] Enfin, Ungersheim a même sa « monnaie complémentaire » – le Radis – qui permet de dynamiser l’économie locale.[6]

Les Ungersheimois peuvent dire merci à leur maire, Jean-Claude Mensch. Élu sans interruption depuis 1989, cet homme inspirant ne s’est pas contenté de faire de la gestion au jour le jour. Fruit d’un exercice de concertation, le virage vert de sa municipalité est un véritable succès : réduction de 600 tonnes de CO2 par an et création de 130 emplois. Le tout, sans jamais augmenter les taxes foncières![7] Qui a dit que les mesures environnementales impliquaient nécessairement de lourds sacrifices pour les contribuables?

D’ailleurs, l’exemple de Mensch devrait faire réfléchir les écologistes qui souhaitent se lancer en politique. En 2012, les partis d’opposition ont eu la tête du ministre de l’Environnement Daniel Breton (alors qu’il n’était élu que depuis deux mois).[8] En 2018, Nicolas Hulot a claqué la porte du gouvernement Macron, découragé de voir ses collègues n’obéir qu’à « la pression du court terme ».[9] Quant à Steven Guilbeault, les paris sont ouverts depuis que Justin Trudeau a pris la décision stupide de le nommer au poste de ministre du Patrimoine canadien, tandis qu’il avait le profil parfait pour être à la tête du ministère de l’Environnement…

Certains affirmeront que tout ce beau monde devrait se présenter pour des partis verts, mais malheureusement ces formations ont encore du mal à séduire l’électorat. Et si les écologistes briguaient les postes de maires et de conseillers municipaux? Comme le souligne Hopkins, les communautés ont l’avantage de pouvoir bouger plus rapidement que d’autres formes d’organisation et « se révèlent aussi plus imaginatives dans les solutions ».[10] Les gouvernements nationaux, aussi passifs soient-ils dans la lutte aux changements climatiques, n’ont guère le pouvoir d’empêcher les villes et les villages d’agir!

À Ungersheim, les citoyens qui participent à la démarche de transition en tirent une grande satisfaction. Ils affichent le sourire de ceux ayant trouvé le juste milieu entre le bien individuel et le bien collectif. Qu’est-ce qu’on attend pour se lancer à fond dans la résilience locale?

Dany Lavigne, le 3 avril 2020

[1] https://www.youtube.com/watch?time_continue=109&v=QwLvYV301MA&feature=emb_logo

[2] Julien Leprovost, « Rob Hopkins, fondateur des transition town : « Le changement climatique sera l’enjeu le plus important de l’élection municipale de 2020 », GoodPlanet Mag’, [en ligne], le 12 mars 2020, https://www.goodplanet.info/2020/03/12/rob-hopkins-transition-town-climat-enjeu-elections-202/

[3] Matthieu Auzanneau, « Pic pétrolier probable d’ici 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie », Le Monde, [en ligne], le 4 février 2019, https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2019/02/04/pic-petrolier-probable-dici-a-2025-selon-lagence-internationale-de-lenergie/.

[4] Cyril Dion, Petit manifeste de résistance contemporaine, Paris, Actes Sud, 2018, p.49.

[5] https://www.mairie-ungersheim.fr/village-en-transition/ (page consultée le 28 mars 2020)

[6] https://www.lesheibich.fr/monnaie-locale-le-radis/ (page consultée le 28 mars 2020)

[7] Florian Bardou, « Jean-Claude Mensch, maire nature », Libération, [en ligne], Le 1er janvier 2019, https://www.liberation.fr/france/2019/01/01/jean-claude-mensch-maire-nature_1700580

[8] « Daniel Breton démissionne de son poste de ministre de l’Environnement », Radio-Canada, [en ligne], le 29 novembre 2012, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/589756/breton-explication-defense.

[9] Alexandre Shields, « La grande désillusion de l’écologiste Nicolas Hulot », Le Devoir, [en ligne], le 29 août 2018,  https://www.ledevoir.com/societe/environnement/535516/france-hulot-et-l-indifference.

[10] Julien Leprovost, op. cit.

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Contre Trump

Dans Passe-Partout, Pruneau joue avec Grand-papa Bi à qui va inventer la plus grosse menterie. En bout de ligne, le premier l’emporte en affirmant qu’il va avoir un cheval à Noël, un cheval qui habitera dans sa chambre![1] Si une marionnette de Donald Trump était venue rejoindre les deux autres, elle aurait tenu à peu près ce langage : « Vous êtes nuls à ce jeu! C’est moi le meilleur! Et je suis le plus grand président de l’histoire des États-Unis! »

Selon le Fact Checker du Washington Post, en date du 10 décembre 2019, Trump avait proféré 15 413 mensonges depuis le début de son mandat. Cela fait plus de 15 tromperies par jour (et la tendance est à la hausse)![2]

Dans un discours en marge du Sommet du G7 à Biarritz, le Pinocchio en chef a lancé ce qui est peut-être le record Guinness de la plus grosse menterie : il se définit comme… un environnementaliste! Avec l’humilité qu’on lui connaît, il ajoute du même souffle qu’il en connaît davantage que la plupart des gens à propos de l’environnement.[3] Venant d’un type qui pense que le bruit des éoliennes risque de causer le cancer, le scepticisme est de mise…[4]

En tout cas, l’actuel locataire de la Maison-Blanche peut se vanter d’être le premier « environnementaliste » climatosceptique! Appelé à commenter un rapport détaillé de son propre gouvernement qui anticipe les conséquences désastreuses des changements climatiques sur l’économie, Trump a dit qu’il n’y croyait pas. À ses yeux, les vagues de froid sont la preuve irréfutable que les climatologues ont tort.[5]

Malgré ses prétentions, le chef du Parti républicain n’a rien fait d’autre en matière d’environnement que de démanteler l’héritage de son prédécesseur. Obama avait ratifié l’accord de Paris sur le climat; Trump l’a déchiré. Obama avait exigé des études d’impact environnemental préalables aux grands projets d’infrastructures; Trump dérèglemente pour accélérer la construction d’oléoducs et d’autoroutes.[6] Et ce n’est pas Obama qui aurait nommé un ancien lobbyiste pour l’industrie du charbon à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement.[7]

Disons que la vingtaine de jeunes qui poursuivent le gouvernement états-unien en raison de son implication dans les changements climatiques ne manque pas d’arguments.[8] À mon avis, le leader d’extrême droite mériterait encore plus d’être destitué pour ses politiques anti-environnementales que pour son coup de fil au président ukrainien. « Les gens meurent », comme s’en indignait avec aplomb la jeune représentante démocrate au Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez.[9]

Même si Trump trouve peu d’appuis par ici, nous ne sommes pas si différents de nos voisins du Sud. Les gouvernements du Québec et du Canada, sans être allés jusqu’à nier le consensus scientifique, n’en demeurent pas moins des « climatopassifs ». D’après le docteur en neuroscience Sébastien Bohler, la structure même du cerveau (le striatum pour être exact) fait en sorte que les électeurs ont tendance à voter pour des politiciens qui ne leur demandent pas de changer leur mode de vie.[10] À quoi bon se préoccuper de l’avenir quand le présent semble si doux?

L’antithèse de la doctrine trumpienne a un nom : le New Deal vert. Naomi Klein explique : « L’idée est simple : en transformant les infrastructures à la vitesse et à l’échelle recommandée par les scientifiques, l’humanité aurait une occasion rarissime de corriger un système économique qui, à maints égards, nuit à la majorité de la population. Ce qui est en train de détruire la planète est aussi en train de détruire la qualité de vie des gens sous d’autres aspects, qui vont de la stagnation des salaires à la fragmentation de la société, en passant par le creusement des inégalités et l’effritement des services publics. »[11] Inspiré par le New Deal de Roosevelt – qui avait permis aux États-Unis de sortir de la Grande Dépression – cet emballant projet de société est porté par tout un mouvement qui prend de l’ampleur aux quatre coins du globe.

J’espère que les démocrates choisiront un candidat qui, à l’instar d’Ocasio-Cortez, s’engage à mettre en oeuvre le New Deal vert dès que possible.[12] Et surtout, j’espère qu’un nombre suffisant d’électeurs états-uniens feront preuve d’intelligence politique avant que la maison n’ait complètement brûlé.

Dany Lavigne, le 15 janvier 2020

[1] https://www.youtube.com/watch?v=DIwwzTGNN44 (page consultée le 10 janvier 2020).

[2] https://www.washingtonpost.com/graphics/politics/trump-claims-database/ (page consultée le 10 janvier 2020).

[3] https://www.youtube.com/watch?v=RzE0wTfFdOY (page consultée le 11 janvier 2020).

[4] « Éoliennes et cancer ? Tempête face aux propos « stupides » de Trump », Le Journal de Montréal, [en ligne], le 4 avril 2019,

[5] Leo Murren, « Trump « ne croit pas » à un rapport américain sur le changement climatique », La Presse, [en ligne], le 26 novembre 2018,  https://www.lapresse.ca/environnement/dossiers/changements-climatiques/201811/26/01-5205657-trump-ne-croit-pas-a-un-rapport-americain-sur-le-changement-climatique.php

[6] Ivan Couronne, « Trump s’attaque au « cauchemar » de la réglementation environnementale », Le Devoir, [en ligne], le 10 janvier 2020, https://www.ledevoir.com/societe/environnement/570463/trump-veut-assouplir-une-loi-environnementale-pour-accelerer-les-chantiers

[7] « Trump confirme un ex-lobbyiste à la tête de l’Agence de protection de l’Environnement », La Presse, [en ligne], le 9 janvier 2019, https://www.lapresse.ca/environnement/201901/09/01-5210464-trump-confirme-un-ex-lobbyiste-a-la-tete-de-lagence-de-protection-de-lenvironnement.php

[8] « Poursuite contre le gouvernement américain pour son implication dans les changements climatiques », Radio-Canada, [en ligne], Le 31 juillet 2018, https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/l-heure-du-monde/segments/reportage/81730/poursuite-gouvernement-americain-changements-climatiques.

[9] « Le discours enflammé d’Alexandria Ocasio-Cortez et les nouveaux démocrates », TVA Nouvelles, [en ligne], le 27 mars 2019,

https://www.tvanouvelles.ca/2019/03/27/le-discours-enflamme-dalexandria-ocasio-cortez-et-les-nouveaux-democrates

[10] Sébastien Bohler, Le bug humain, Paris, Robert Laffont, 2019, p.163-166.

[11] Naomi Klein, La maison brûle, Trad. N. Calvé, Montréal, Lux, 2019, p.36.

[12] https://www.youtube.com/watch?v=d9uTH0iprVQ (page consultée le 14 janvier 2020)

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Vote stratégique?

Les écolos doivent-ils voter de façon stratégique lors de la présente élection fédérale? Ce qui reviendrait à appuyer les libéraux afin de bloquer la route aux conservateurs.

Certes, le retour du Parti conservateur au pouvoir est à redouter. Les années Harper nous ont fait prendre un retard considérable dans la lutte aux changements climatiques. C’est un gouvernement conservateur qui a pris l’irresponsable décision de sortir le Canada du protocole de Kyoto. Aux yeux de la formation de droite, l’environnement n’était qu’une nuisance à la croissance économique.

Les mentalités évoluent lentement au PCC. Le « plan » de protection de l’environnement, présenté en juin dernier par leur chef Andrew Scheer, mise essentiellement sur les investissements en technologie.[1] Bref, gardons nos bonnes vieilles habitudes de vie et prions pour qu’une invention nous sorte du pétrin… D’ailleurs, que faisait le chef conservateur pendant la manifestation historique du 27 septembre? Il annonçait son appui au troisième lien entre Québec et Lévis, un projet décrié par à peu près tous les urbanistes![2]

Après la grande noirceur conservatrice, le changement de garde à Ottawa était le bienvenu. Justin Trudeau a bien débuté son mandat comme premier ministre en signant l’accord de Paris en 2015. L’objectif central de cet accord est de limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 degrés Celsius (idéalement) par rapport aux niveaux préindustriels.[3]

J’ajouterais qu’il fallait aussi un certain courage politique, de la part du gouvernement actuel, pour imposer une taxe carbone aux provinces ayant refusé de développer un plan de tarification des émissions de gaz à effet de serre.[4] S’inscrivant dans la continuité de Harper, M. Scheer a promis que son premier projet de loi, s’il est élu le 21 octobre, serait d’éliminer cette mesure efficace d’écofiscalité…[5]

Contrairement aux conservateurs, les libéraux écoutent la science. Le problème, c’est qu’ils l’écoutent seulement d’une oreille. Justin Trudeau a ainsi renié son engagement de cesser les subventions aux énergies fossiles. En 2017, ces subventions se chiffraient à 54 milliards![6] Pis encore, le gouvernement fédéral – c’est-à-dire l’ensemble des contribuables canadiens – a acheté l’oléoduc Trans Moutain, dans l’ouest du pays, au coût de 4,5 milliards. L’agrandissement du pipeline vise à augmenter la capacité quotidienne du réseau, qui passerait de 300 000 à 890 000 barils de pétrole sale issu des sables bitumineux.[7]

Le gouvernement canadien a pour objectif de diminuer les émissions de GES de 30% d’ici 2030 (par rapport aux niveaux de 2005). M. Trudeau a beau prétendre que cette cible peut être atteinte tout en augmentant la production de pétrole de l’Alberta, c’est faux. Au lieu de diminuer, les émissions de GES ont plutôt augmenté durant le mandat des libéraux pour se chiffrer à 716 millions de tonnes par année.[8] Voilà qui me semble plus scandaleux qu’un costume d’Aladdin porté il y a 20 ans…

Dans Le prochain virage, Steven Guilbeault écrit : « [Il] ne peut y avoir de solution à la crise climatique […] sans une diminution massive de notre consommation et de notre production de pétrole, et sans une élimination de notre dépendance envers cette source énergétique. »[9] L’ancien directeur d’Équiterre est présentement candidat du PLC dans Laurier-Sainte-Marie. Malgré tout le respect que j’ai pour lui, je crois qu’il aurait mieux fait de choisir une formation plus en phase avec ses idées.

Jusqu’à date, les libéraux ont déçu sur le plan environnemental, se contentant de faire moins pire que les conservateurs. Voilà qui est trop peu, à mon sens, pour justifier un vote stratégique en leur faveur. J’encourage donc plutôt mes amis écolos à voter selon leurs convictions!

Dany Lavigne, le 1er octobre 2019

[1] Catherine Lévesque, « Les conservateurs présentent leur plan de protection de l’environnement », Le Devoir, [en ligne], Le 19 juin 2019, https://www.ledevoir.com/politique/canada/557078/les-conservateurs-presentent-leur-plan-de-protection-de-l-environnement

[2] Louis Blouin, « Andrew Scheer reste en marge du mouvement pour le climat », Radio-Canada, [en ligne], Le 27 septembre 2019, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1321462/elections-canada-parti-conservateur-manifestation-environnement

[3] https://unfccc.int/fr/process-and-meetings/l-accord-de-paris/qu-est-ce-que-l-accord-de-paris (page consultée le 30 septembre 2019).

[4] « L’impact de la taxe carbone sur votre portefeuille », Radio-Canada [en ligne], le 28 mars 2019, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1161040/taxe-carbone-nouveau-brunswick-explications-portefeuille

[5] François Cardinal, « Qui est Andrew Scheer? », Le Presse, [en ligne], Le 7 septembre 2019, https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/201909/06/01-5240177-qui-est-andrew-scheer-.php

[6] Mathieu Perreault, « Des subventions de 54 milliards pour les énergies fossiles », La Presse, [en ligne], le 10 mai 2019, https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/201905/09/01-5225469-des-subventions-de-54-milliards-pour-les-energies-fossiles.php

[7] Marc Godbout, « Ottawa a payé le gros prix pour le pipeline Trans Mountain », Radio-Canada, [en ligne], le 31 janvier 2019, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1150195/ottawa-prix-pipeline-trans-mountain

[8] Alexandre Shields, « Hausse des émissions de GES au Canada », Le Devoir, [en ligne], Le 20 avril 2019,    https://www.ledevoir.com/societe/environnement/552296/hausse-des-emissions-de-ges-au-canada

[9] Steven Guilbeault et François Tanguay, Le prochain virage, Montréal, Druide, 2014, p.61.

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Un avion déchire le soir

Depuis une trentaine d’années, l’industrie du tabac n’a plus le droit de promouvoir ses produits. Certains militent pour qu’on en fasse autant avec les publicités automobiles.[1] Si on veut être cohérent avec nos objectifs environnementaux, pourquoi ne pas aller plus loin en interdisant aussi les publicités des compagnies aériennes et des agences de voyage?

Il est inquiétant de constater que, comme le coût des billets d’avion a beaucoup baissé au cours des dernières décennies, la demande ne cesse de croître. Babette Porcelijn démontre que les voyageurs n’ont pas qu’un impact sur l’économie. À titre d’exemple, les émissions de GES d’un seul aller-retour entre Paris et Bali sont comparables à celles de conduire une voiture pendant quatre ans![2]

Dans son Manuel de l’antitourisme, le sociologue Rodolphe Christin écrit avec justesse : « L’un des paradoxes du tourisme aujourd’hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause. Ainsi le touriste déclare son amour à cette planète qu’il visite dans ses moindres recoins, et, ce faisant, il contribue à l’épuiser impitoyablement. »[3]

Bien sûr, les arguments en faveur des voyages ne manquent pas. Il suffit que je lise quelques pages de Josef Schovanec pour avoir le goût de prendre le premier vol en direction de Tallinn, de Téhéran ou de Matmata (on aura compris que ce philosophe n’est pas du genre à se prendre un « tout inclus » à Cuba!). Il n’hésite pas à prescrire la « voyageothérapie » à tous, notamment aux personnes handicapées, voire à suggérer que les voyages soient remboursés l’État.[4]

Je suis toujours fasciné de voir à quel point le spectre de l’autisme est large. À l’opposé de Schovanec, on retrouve la jeune Greta Thunberg qui refuse de prendre l’avion! Si son militantisme environnemental l’amène à aller dans divers pays, elle choisit des moyens de transport plus verts comme le train ou le bateau.[5]

Le juste milieu se trouverait-il dans le « tourisme responsable »? Après tout, il existe diverses options pour les globe-trotteurs qui ont une conscience environnementale. Un Québécois qui se rendrait au parc national Botum Sakor au Cambodge pourrait faire un don à un organisme comme Carbone Boréal qui compenseraient les émissions de GES en plantant des arbres.[6] Cependant, le même voyageur ne serait-il pas plus responsable en optant à la place pour le tour de la Gaspésie? L’expérience est peut-être moins exotique, mais aussi moins dommageable pour la planète…

En m’inspirant de Jonas, j’ai envie de formuler un nouvel impératif : agis de façon à limiter au maximum tes déplacements polluants. Ceux qui rêvent de selfies dans des contrées lointaines peuvent bien me traiter de « sédentaire » si ça leur chante!

Dany Lavigne, le 4 août 2019

[1] Florence Sara G. Ferraris, « Doit-on limiter la publicité automobile? », Le Devoir, [en ligne], le 10 décembre 2018, https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/543256/publicite-automobile-et-mobilite-durable-david-contre-goliath.

[2] Babette Porcelijn, Notre empreinte cachée, Trad. C. Le Roy, Paris, Seuil, 2018, p.98.

[3] Rodolphe Christin, Manuel de l’antitourisme, Montréal, Écosociété, 2010, p.24.

[4] Josef Schovanec, Éloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez, Paris, Plon, 2015, p.31-37.

[5] Agence France-Presse, « Attendue en Amérique, Greta Thunberg traversera l’Atlantique en bateau », Le Devoir, [en ligne], Le 30 juillet 2019,  https://www.ledevoir.com/societe/environnement/559645/attendue-en-amerique-greta-thunberg-traversera-l-atlantique-en-bateau.

[6] http://carboneboreal.uqac.ca/accueil/

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Autisme et éducation

Force est de constater qu’il y a eu des progrès dans l’intégration des élèves autistes. Dans les années 1980, bon nombre d’entre eux n’étaient même pas diagnostiqués. Je suppose qu’on les percevait comme des enfants un peu étranges, ayant du mal à rester attentifs et n’étant pas faits pour les études.

Au pays, environ un enfant sur 66 a un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme (TSA).[1] Mon fils Antoine en fait partie. Il termine présentement sa troisième année en classe régulière. Certains accommodements lui sont accordés : une accompagnatrice à ses côtés environ une heure par jour, plus de temps aux évaluations, etc. Il a de bonnes notes et s’entend bien avec ses camarades. Ses parents sont très fiers de lui!

Depuis une quinzaine d’années, mon métier de professeur m’offre la chance de côtoyer des jeunes adultes autistes. Il y a eu Simon, un génie du calcul mental qui est devenu l’un des participants les plus assidus de mon café philo. Et plus récemment Samuel, dont les dissertations étaient excellentes et qui vient souvent me piquer une jasette à mon bureau. Ce qui me frappe le plus chez ces étudiants – je pourrais multiplier les exemples – est leur intelligence et leur capacité à aborder les questions sous une perspective différente.

Malgré leurs belles forces, les élèves autistes doivent souvent mettre plus de temps et d’efforts pour en arriver au même point que les neurotypiques. Pour reprendre une image des spécialistes Brigitte Harrisson et Lise St-Charles, leur cerveau se compare à une boîte de transmission manuelle qui traite chaque bribe d’information une à la fois, de manière consciente.[2] Les journées d’école sont donc très épuisantes pour eux, sans parler des devoirs. Peut-être que s’ils avaient la liberté d’aller à leur propre rythme et de bouger davantage, on sentirait moins le besoin de les médicamenter…

Le TSA se caractérise aussi par des intérêts restreints.[3] Pensons à la Suédoise Greta Thunberg (mon idole!) qui, du haut de ses 16 ans, consacre sa vie à la lutte aux changements climatiques. Bien sûr, l’école a pour rôle d’élargir les horizons en transmettant une riche culture générale. Or, pourquoi ne pas laisser les élèves autistes tourner le regard vers ce qui les passionne lorsqu’ils en ont envie? Cela ne pourrait qu’accroître leur motivation.

Il faudrait consulter les personnes autistes pour savoir quelle serait l’école idéale à leur avis. On ne le répétera jamais assez : la neurodiversité est une richesse!

Dany Lavigne, le 26 avril 2019

[1] http://www.autisme.qc.ca/tsa/lautisme-en-chiffres.html (page consultée le 1er avril 2019).

[2] Brigitte Harrisson et Lise St-Charles, L’autisme expliqué aux non-autistes, Montréal, Trécarré, 2017, p.31.

[3] http://www.autisme.qc.ca/tsa/quest-ce-que-le-tsa.html (page consultée le 24 avril 2019)

 

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Une marche au Walmart

« Avant tout, ne perdez pas le plaisir de marcher. »

– Soren Kierkegaard[1]

La revitalisation du noyau villageois, à Mascouche, fait partie des priorités du maire Guillaume Tremblay.[2] Avec raison. Une municipalité de plus de 45 000 habitants se doit d’avoir un centre-ville digne de ce nom, que l’on a du plaisir à fréquenter. D’ailleurs, je me réjouis de l’ouverture de la brasserie artisanale L’Albatros, sur la rue Sainte-Marie!

Une autre partie de la ville qui aurait bien besoin d’amour est le SmartCentre. Vous savez : cette zone commerciale, en bordure de la 25 et de la 640, qui comprend notamment les Walmart, Best Buy, Children’s Place et Allô mon coco.

L’urbaniste Jan Gehl écrit : « En se penchant sur l’histoire des villes, on constate que la planification et la structuration de l’espace urbain influencent les comportements humains et les façons dont les activités s’y déroulent. »[3] Je ne m’en cache pas : la banlieue a fini par déteindre sur moi! Au point de presque apprécier la proximité au power center, où je vais faire mes emplettes chaque semaine.

Bien que j’habite assez près de là, je n’opte jamais pour la marche. D’ailleurs, on voit rarement des piétons ou des cyclistes dans ce concentré de grandes bannières. Avec ses stationnements à l’infini, le site a été conçu uniquement pour les automobilistes.

Le Centropolis à Laval permet au moins de garer la voiture et de faire notre magasinage à pied. À Mascouche, juste de traverser l’intersection séparant le Rona du IGA a quelque chose de téméraire pour un piéton… Pourquoi ne pas ajouter des infrastructures qui incitent les gens à se rendre au SmartCentre autrement qu’en auto : des trottoirs, des pistes cyclables et une signalisation donnant clairement la priorité à leurs usagers? Même si on enlevait quelques espaces de stationnement à cette fin, il en resterait encore suffisamment pour répondre à la demande.

Quand l’asphalte et les constructions prennent la place des espaces verts, on se retrouve avec des îlots de chaleur. Il a été démontré qu’un écart de température peut atteindre jusqu’à 20 oC entre deux zones proches géographiquement![4] C’est probablement le cas entre le parc du Grand-Coteau et le power center. À l’extérieur des Galeries Terrebonne, on a eu la bonne idée d’ajouter des arbres et des arbustes. Non seulement c’est bon pour l’environnement, mais le beau attire les clients.

Les locaux vacants que l’on retrouve, à Mascouche comme à Terrebonne, constituent un signal clair pour les élus et les gens d’affaires. Inspirons-nous de ce qui se fait de mieux en matière d’urbanisme afin de créer des commerces de proximité et des lieux de rencontre agréables.

Dany Lavigne, le 9 décembre 2018

[1] Cf. Jan Gehl, Pour des villes à échelle humaine, Trad. N. Calvé, Montréal, Écosociété, 2012, p.5.

[2] Guillaume Tremblay, « Ensemble, réalisons Mascouche! », M·Magazine, Vol.3/No.4, Décembre 2018, p.5.

[3] Jan Gehl, op. cit., p.20.

[4] Éric-Pierre Champagne, « Les îlots de chaleur frappent la banlieue », La Presse, [en ligne], le 14 août 2015,  http://plus.lapresse.ca/screens/f9945338-e1c2-425d-8eb8-1706048daa33__7C___0.html

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Huit fois par jour

« Le transport en commun, ce n’est pas réservé qu’aux pauvres; c’est une vision différente des déplacements. » – Pierre-Yves McSween[1]

 

La patience des Mascouchois et des Terrebonniens est parfois mise à l’épreuve. En 1992, le CP Rail a présenté son projet de train de banlieue pour la première fois à la population. Or, l’inauguration ne s’est faite qu’en 2014, soit 22 ans plus tard![2]

Au départ, il était prévu que le train parte de Mascouche pour se rendre à Montréal en passant par Laval. Un simple coup d’œil sur une carte montre que ce trajet était optimal. Finalement, on a opté pour un détour douteux par Repentigny. Mais bon, l’important est que le projet se soit finalement concrétisé.

Je n’ai pas eu souvent l’occasion d’utiliser la ligne Mascouche. Pour les paysages bucoliques, on repassera! Cependant, mon expérience générale a été agréable. La dernière fois que j’ai pris le train, j’ai pu corriger des examens assis confortablement à l’« Étage tranquillité ». Beaucoup mieux que de vivre le stress de conduire dans la métropole!

Le transport en commun est réputé pour être abordable. On ne peut toutefois pas en dire autant du train de banlieue. Le tarif mensuel ordinaire à partir de la gare Mascouche est de 171$. Si en plus on doit utiliser l’autobus ou le métro, on franchit alors le cap des 200$.[3] Sans oublier les coûts de la voiture pour se rendre jusqu’au stationnement incitatif…

Une des déceptions du train de l’Est est son horaire : seulement huit départs par jour en direction de Montréal. On n’a visiblement pensé le service que pour les travailleurs, ou plutôt pour les travailleurs qui ont un horaire typique. Vous aimeriez faire une promenade au centre-ville avec votre famille par un beau samedi? C’est possible si vous prenez la ligne Deux-Montagnes ou la ligne Saint-Jérôme. À Mascouche, le train reste en gare la fin de semaine.

En plus, les choses ne semblent pas près de s’améliorer avec le projet de Réseau express métropolitain (REM) réalisé par La Caisse de dépôt et de placement du Québec. Il est prévu que le train de l’Est ne se rende plus directement à la gare Centrale, obligeant les usagers à faire une correspondance avec le REM à la future gare A40. Les maires de Mascouche, de Terrebonne, de Repentigny et de Charlemagne ont réclamé que d’autres scénarios soient envisagés.[4] En espérant que leurs interventions porteront fruit.

En somme, le train de banlieue a certes bonifié l’offre de transport collectif dans la MRC Les Moulins, mais nous aurions pu nous attendre à mieux. Pour certaines choses, huit fois par jour, ce n’est pas suffisant.

Dany Lavigne, le 4 avril 2018

[1] Pierre-Yves McSween, En as-tu vraiment besoin?, Laval, Guy Saint-Jean Éditeur, 2017, p.108.

[2] Claude Martel, « Notre histoire de train », La Revue, [en ligne], le 24 novembre 2015, http://www.larevue.qc.ca/chroniques_un-brin-histoire-n34483.php.

[3] https://rtm.quebec/fr/titres-tarifs/titres-metropolitains/train (page consultée le 29 mars 2018).

[4] Olivier Robichaud, « Trois scénarios étudiés pour que le REM ne bloque pas le train de l’Est », Huffpost, [en ligne], le 29 mars 2018, https://quebec.huffingtonpost.ca/2018/03/29/train-reseau-express-metropolitain-rem_a_23398688/.

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La beauté du mini

« Je deviens riche en réduisant mes besoins. » – Henry David Thoreau[1]

Ma femme Isabelle et moi rêvons de vivre dans une minimaison. Nous aimons écouter les nombreuses émissions qui parlent du sujet et visiter des maisons modèles. Or, depuis qu’un constructeur nous a dit que les règlements municipaux ne permettaient pas ce genre d’habitation à Terrebonne-Mascouche, nous avons reporté le projet à plus tard.

À l’automne dernier, une page Facebook a ravivé nos espoirs. Son instigateur y lançait l’idée d’une coopérative de propriétaires de minimaisons à Mascouche, inspirée du Petit Quartier de Sherbrooke.[2] Grosso modo, chaque ménage possède sa maison et tous partagent le terrain, le stationnement, la piscine, etc. Une bonne partie des espaces verts sont préservés. Malheureusement, aux dernières nouvelles, le projet est sur la glace, faute d’investisseur…

La minimaison est une innovation née aux États-Unis (où on la désigne par le terme « tiny house »). D’une référence à l’autre, les critères peuvent varier, mais on s’entend généralement pour dire que sa superficie doit faire moins de 1 000 pi2. Il faut donc que l’espace soit optimisé au maximum, notamment en privilégiant des meubles multifonctionnels.[3] Bref, la minimaison représente tout le contraire des monster houses typiques de la banlieue!

Qu’est-ce qui peut inciter une famille de trois à déménager dans une demeure plus petite? Tout d’abord, la perspective de se libérer des lourds paiements hypothécaires. L’argent économisé peut être investi dans la qualité et la durabilité. C’est ce qu’a compris la compagnie Tiny Heirloom, située à Portland (Oregon), qui se spécialise dans la construction de minimaisons avec des matériaux haut de gamme.[4] Si nous déménagions dans une de leurs habitations, Isabelle pourrait enfin avoir les jolies armoires dont elle rêve depuis 10 ans!

Bien sûr, les propriétaires de minimaison réduisent aussi leur empreinte écologique. Ils consomment moins d’électricité que ceux qui habitent une demeure unifamiliale moyenne. En outre, comme ils peuvent moins entreposer de biens matériels, ils doivent se contenter de l’essentiel. Amateurs de walk-in remplis de vêtements s’abstenir!

Il existe une option plus écologique que la minimaison : le condo ou l’appartement. Comme le souligne l’essayiste David Owen, « les immeubles à logements multiples [comptent] parmi les types d’habitation les plus efficaces de la planète sur le plan énergétique », en plus d’assurer une forte densité démographique.[5] Toutefois, parce que j’aurais peur de tomber sur des voisins bruyants ou qui ne tolèrent pas mon caniche névrosé, je préférerais quand même une minimaison!

Enfin, un autre argument en faveur des minimaisons est qu’elles sont vraiment mignonnes. Elles ont toutes leur petite personnalité. Ne serait-ce que pour ces considérations esthétiques, toutes les municipalités devraient les accepter.

Dany Lavigne, le 12 février 2018

[1] Cf. Gabriel Parent-Leblanc, La grande révolution de la micromaison, Éd. Gabriel Parent-Leblanc, 2017, p.3.

[2] http://la-mini-maison.com/2017/08/01/le-petit-quartier-de-mini-maisons-a-sherbrooke/ (page consultée le 11 février)

[3] http://www.festivalminimaisons.quebec/ (page consultée le 11 février 2018)

[4] http://www.tinyheirloom.com/ (page consultée le 12 février 2018)

[5] David Owen, Vert paradoxe, Trad. G. Boulanger, Montréal, Écosociété, 2011, p.43.

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